La naissance de la Zoothérapie
L’Homme et l’Animal, une histoire ancienne
Le concept de la zoothérapie repose sur un phénomène naturel ancien : le lien étroit entre le monde animal et celui des Hommes.
Depuis des millénaires, nos ancêtres ont entrepris la domestication de diverses espèces animales, aux quatre coins du globe, à des fins alimentaires ou utiles. Ils ont cherché ainsi à préserver génétiquement certains traits sélectionnés ou en modifier d’autres.
Saviez-vous que les chats auraient été domestiqués il y a environ 10 000 ans, lors de l’essor de l’agriculture, quand les Hommes ont reconnu les capacités extraordinaires de prédation de ce félin face aux rongeurs ? Les loups quant à eux auraient été domestiqués plus tôt, il y a environ 30 000 ans, probablement par « imprégnation sociale » selon la thèse de Konrad Lorentz et d’autres éthologistes. Mais pourquoi donc avoir créé les chiens ? Le premier chien aurait été utilisé pour garder les campements, assurer le transport de charges et traquer le gibier. Puis les autres chiens sont apparus au fil des évolutions, répondant chacun à des besoins plus spécifiques de travail : chasse, pistage, courses, combat, etc. Le pastoralisme a considérablement changé depuis l’apparition des chiens de berger ! Depuis deux siècles environ, nous constatons un changement, les races se multiplient pour des raisons esthétiques ; si bien que de nos jours, nous avons perdu la connaissance de la fonction première de nos chiens (Jouventin & Richard, 2020). Or, la race reste déterminante d’un usage précis et d’un comportement distinct, encodé génétiquement.
A bien des égards, les animaux ont donc su trouver une place dans les foyers, historiquement en tant « qu’animaux de travail » et plus récemment en tant « qu’animaux de compagnie ». Les liens tissés entre les Hommes et les animaux ont bousculé certaines idées psychologiques, anthropologiques et sociologiques. D’où vient alors la zoothérapie, cette médiation qui semble conférer à l’animal une nouvelle forme d’utilité sociale (Pralong, 2004) ?
Les prémisses de la zoothérapie
Dans l’Angleterre du XVIIIème, au sein de l’institut « York Retreat », William Tuke a introduit des lapins et des volailles afin de responsabiliser les patients atteints de troubles psychiatriques.
Dans les années 1950, Boris Levinson, pédopsychiatre américain, expérimente de façon tout à fait fortuite les bienfaits de l’animal. Il n’avait pas remarqué la présence de son chien Jingles alors qu’il recevait John en consultation. John souffrait de troubles du spectre autistique. Jingles est allé vers l’enfant et ils se sont alors rencontrés, instaurant une communication duelle sous les regards ébahis de la mère et du thérapeute. Boris Levinson a répété l’expérience auprès de John et a remarqué une amélioration signifiante des capacités de communication de l’enfant. Jingles est alors devenu un catalyseur social, source de stimulation sensorielle et motrice mais aussi vecteur de socialisation. Au début critiqué de ses confrères, Boris Levinson a organisé sa pratique, proposant des séances en présence d’un chien ou d’un chat médiateur selon le tempérament de ses patients.
En 1977, les psychiatres Sam et Elisabeth Corson ont développé la première unité de Zoothérapie au sein de l’université de l’Ohio. Les 47 patients ayant participé au programme ont constaté l’amélioration de leur indépendance et de leur confiance en soi. La présence de l’animal a également permis de tisser un lien positif entre les patients et le personnel (Beiger, Eduquer avec les animaux, 2020).
Dans cette médiation, l’animal n’est pas au service de l’Homme, il est avec l’Homme. Tous deux forment alors une dyade singulière dans laquelle le thérapeute reste bien entendu l’humain. Ce dernier doit donc avoir reçu une formation spécifique lui permettant de travailler auprès de personnes en situation de handicap. La zoothérapie est alors plutôt reconnue comme étant une « spécialisation ». En France, cela fait déjà quelques décennies que les animaux ont rejoint certaines pratiques médicales ou paramédicales. « Zoothérapie », « médiation animale », « équithérapie », il existe de nombreuses terminologies pour qualifier la mise en relation intentionnelle par un professionnel d’un animal vivant.
La naissance de la médiation animale découle d’évènements historiques et de découvertes parfois fortuites. Il s’agit cependant d’être vigilant car la zoothérapie est une médiation sérieuse dont certains principes se doivent d’être respectés afin d’assurer des activités de qualité, dans un environnement sécure. En effet, lorsque nous travaillons auprès de personnes vulnérables, il convient d’avoir des connaissances solides, un positionnement éthique, un cadre déontologique et des médiateurs soigneusement éduqués pour accompagner le public rencontré.
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